A Barcelone, l'adaptation passe par les données de l'assurance


C’est une nouvelle expérience qu’a menée la ville de Barcelone dans le cadre de son plan climat : utiliser les données des assureurs pour identifier les fragilités de la ville face aux aléas liés à l’eau.


La ville méditerranéenne est particulièrement exposée à un risque d’inondations, à cause des précipitations ou de la montée de la mer ; mais elle doit aussi gérer le manque d’eau. Et le changement climatique a tendance à aggraver les deux phénomènes. Pour s’adapter, Barcelone a eu l’idée de recenser le coût des aléas climatiques en utilisant les données collectées par les assureurs depuis 1996. Cette étude, réalisée dans le cadre d’un projet financé par l’UE du nom de RESCCUE, est venue alimenter le « plan climat » de la ville, dans le cadre d’une collaboration entre Barcelone, Bristol et Lisbonne. Les trois municipalités se sont engagées, avec l’université d’Exeter et l’école d’ingénieurs de la ville de Paris, à étudier la résilience des villes autour de ce sujet commun de la gestion de l’eau, avec le projet de mettre en place d’un système d’information ad hoc qui s’appuie sur les données géographiques, ou Geographical Information System (GIS).


« Le modèle GIS permet d’estimer les dégâts des inondations dans un environnement urbain et dense. Les données des assureurs ont été très utiles pour valider le résultat de notre modèle » explique Eduardo Martinez, ingénieur chez Cetaqua, la structure qui a coordonné le projet.

La ville a bénéficié d’une spécificité espagnole : le « Consorcio de Compensación de Seguros », une structure publique logée au sein du ministères des Finances, qui prend le relais des assurances privées en cas de catastrophe naturelle telle que des inondations. Contrairement aux assurances privées qui ont une vision parcellaire des phénomènes en fonction de leurs clients, le CCS a une vision d’ensemble des conséquences d’un épisode climatique.


Priorité à l’adaptation

En plus des données des services de météorologie, des ports espagnols et de l’agence de l’eau de Barcelone, RESCCUE a compulsé celles des inondations pluviales. Au total, les dégâts assurés ont déjà représenté un coût de 34 millions d’euros dans la ville catalane.

L’objectif final est d’améliorer la résilience de la ville, en organisant aux mieux les différents services entre le privé, le public et les types d’infrastructures : les inondations affectent éventuellement la distribution d’énergie, mais aussi les autres services de la ville, dont la gestion des déchets ; la sécheresse de 2008, la pire que la ville ait connue, a aussi accéléré la prise de conscience sur le sujet.

Le croisement des données a permis à la ville d’identifier les zones les plus exposées, où les dégâts sont les plus récurrents, mais aussi la fragilité de certaines zones ou types d’habitation en fonction des aléas passés : certaines constructions sont plus perméables que d’autres.

La connaissance de ces données permet également d’évaluer les sommes à investir et de prévenir des dégâts supplémentaires, tout en réorganisant la collecte des déchets, par exemple la localisation de certains containers de recyclage.

La méthode proposée par Cetaqua, qui a été de prioriser l’adaptation, a permis de faciliter les arbitrages dans le plan climat, mais aussi de mettre en place une cartographie des risques en cours de réalisation, qui sera mise à la disposition par la ville.