Le four à UV, une solution pour réutiliser les masques jetables



La PME française Ingenica propose de bombarder d'UV les masques en plastique pour les désinfecter. Réutiliser les masques permettrait de modérer la consommation de plastique dont ils sont composés.


Avec les masques obligatoires dans les transports et de nombreux commerces, la question de leur durabilité se pose. Alors que la loi Egalim a mis au ban début 2020 la vaisselle jetable ou les Coton-tige, la crise sanitaire fait revenir le plastique au quotidien. Les masques chirurgicaux et les masques moulés FFP2, les plus répandus, sont tous deux principalement constitués de plastiques, du polypropylène agrémenté d’un peu d’acier et de latex selon les modèles.

Pour allonger leur durée d’utilisation et limiter le gaspillage de ressources donc la consommation d’hydrocarbures, une PME française a imaginé un petit four à UV, qui décontamine les masques jetables, chirurgicaux et FFP2, en quelques minutes : le Steromask. Ressemblant à un four à micro-ondes, le dispositif bombarde de rayons ultra-violets les masques qui sont déposés sur une petite grille.


Châlons-en-Champagne, ville-test

Il a vocation à être installé dans des entreprises et des collectivités, comme les mairies, les écoles. Il a un double objectif sanitaire et environnemental : le masque limite les risques de contaminations croisées (lorsqu’un dentiste passe d’un patient à l’autre par exemple) et réduit significativement le volume de déchets potentiel. Ce qui a séduit la commune de Châlons-en Champagne, qui va être ville-test : son maire Benoist Apparu a déjà commandé une dizaine d’unités, pour les installer notamment à la mairie et dans des groupes scolaires.

« Les masques ne sont pas recyclés, puisqu’ils doivent être traités comme des déchets médicaux, donc incinérés. Notre Steromask permet d’allonger significativement leur durée de vie » assure Olivier Perraud, qui gère la société Ingenica, spécialiste de l’ingénierie de process industriels.

Les masques chirurgicaux, les plus courants, comme les masques FFP2, peuvent y être désinfectés en 1 à 3 minutes, et être ainsi utilisés jusqu’à fois quatre fois plutôt qu’une, et jusqu’à dix fois pour les masques chirurgicaux. Le prototype a été réalisé par Renault, prêt à fournir les capacités de fabrication du dispositif qui a été validé par un laboratoire pour éliminer le virus du Covid19.

Pour l’heure, la directive portant sur le plastique à usage unique écarte tout le matériel médical de son champ ; mais de nombreux pays réévaluent cette hypothèse en raison de la raréfaction des masques, qui a fait exploser leur coût. Les solutions de stérilisation des masques sont ainsi examinées un peu partout, y compris en Allemagne. Tout comme la question de leur recyclage : une fois désinfectés, les masques en polypropylène pourraient en théorie être recyclés.


Réduire la tension sur la demande

« Le milieu médical est assez réticent face à la réutilisation des masques, et c’est normal surtout en période de crise sanitaire. Mais la tension sur la demande provient de leur utilisation en dehors de l’hôpital, c’est surtout là que se situe l’enjeu » explique Olivier Perraud. Le prix des masques, qui coûtaient de quelques centimes à 1,5 euros avant la crise, a été démultiplié, pour atteindre jusqu’à 4 euros par unité pour les masques FFP2.

Le Haut Conseil de la Santé publique a émis un long avis sur le sujet du réemploi des masques, d’où ressortent de nombreuses interrogations. S’il convient que l’ « adaptation de la politique habituelle de port de masque de patient unique / masque unique » est nécessaire, il ne fournit pas de pistes pour proposer un réemploi de masques dans le monde médical, pour diverses raisons, dont la difficulté de collecte et la traçabilité.

Selon la Fédération des activités de la dépollution et de l’environnement, (FNADE), les déchets médicaux, ou DASRI, ont progressé de + de 60 % dans les régions les plus touchées par le virus à la faveur de la crise sanitaire. Un chiffre qui ne concerne que les matériaux récupérés dans le monde médical : alors que le port du masque se généralise dans les entreprises comme les commerces, le volume de leurs déchets est en train d’exploser, bien loin des hôpitaux et autres centres de soin, sans qu’il soit possible de l’évaluer précisément. Ce qui inquiète les ONG comme Surfrider : les membres de la coalition Rethink Plastic alertent sur le fait que l’industrie du plastique profite de la crise pour remettre les plastiques à usage unique au goût du jour.