• Dominique Pialot

Numériser les villes pour les rendre résilientes

Mis à jour : juil. 24


L'association Smart Buildings Alliance présente dix mesures aux nouvelles équipes municipales afin de rendre leurs territoires intelligents, agiles et durables.


Pour Emmanuel François, président de la Smart Buildings Alliance for Smart Cities (SBA), le numérique doit être au centre de tout plan d’action des territoires. Cette conviction ne date pas d’hier pour cette association qui s’est donné pour objectif de rassembler les professionnels du bâtiment intelligent pour promouvoir son rôle dans l’avènement de la ville intelligente.

Mais qu’il s’agisse de télétravail, de télémédecine ou d’enseignement à distance, la crise sanitaire a souligné son rôle dans le maintien de l’activité économique. A l’issue des élections municipales, la SBA veut faire prendre conscience aux nouvelles équipes des conséquences à long terme de leurs décisions en matière d’usage des bâtiments, de mobilité ou d’aménagement du territoire. Ses recommandations s’articulent autour des trois piliers d’une ville résiliente : désirable, inclusive et coopérative, servicielle et intelligente.


Du pilotage des bâtiments à celui de la ville entière

A l’origine essentiellement pensée pour piloter à distance des bâtiments, la numérisation est tout aussi indispensable à la plupart des services, sur un périmètre étendu à la ville et au territoire. « L’enjeu, aujourd’hui, est de porter le numérique dans tous les bâtiments, comme l’électricité l’a été il y a maintenant 120 ans », se plaît à marteler Emmanuel François.

« Ce ne sont pas seulement l’éducation, la santé, l’urbanisme ou l’énergie qui doivent intégrer du numérique, mais un schéma directeur numérique qui doit s’appliquer à une vision globale et transverse, avant d’être déployé pour la mobilité, l’environnement, la sécurité, etc. » insiste-t-il. Au sein de ce schéma, les bâtiments seraient connectés aux infrastructures et aux équipements, mutualisés autant que faire se peut.

En dehors de quelques villes telles que Dijon, Montpellier, Nice, Angers ou encore Nevers, on en est selon lui encore loin. Ainsi dans la plupart des écoles, la gestion de l’énergie se limite encore trop souvent au passage d’un technicien qui remet le chauffage mi-octobre et le referme mi-avril. Des systèmes automatisés existent parfois, mais « il ne faut pas confondre automatisme et numérique », insiste Emmanuel François. Seul le numérique permet le pilotage à distance à l’échelle d’un quartier, voire d’un territoire. D’ici 5 à 10 ans, on saura abaisser la consommation d’énergie à un instant T pour éviter les blackout, comme il pourrait en survenir dès cet été en cas de canicule, qui génère des pics de consommation plus importants qu’en hiver. Linky, par exemple, en butte à l’hostilité des ménages, n’est pas activable à distance.


Vision partagée, gestion locale, systèmes ouverts et...5G

« Seule une gestion à l’échelle locale est susceptible d’obtenir l’assentiment des usagers et des consommateurs », reconnaît Emmanuel François. Mais pour cela, il faudrait que les collectivités s’approprient les données, aujourd’hui stockées dans les clouds des opérateurs. Ces derniers sont bien tenus par la loi de les communiquer aux collectivités, mais elles ne sont pas équipées pour les exploiter. C’est pourquoi la SBA leur recommande de veiller à leur accessibilité et leur gouvernance, mais aussi d’exiger des solutions aux interfaces standardisées, interopérables et ouvertes. Tout l’inverse de celles déployées par des acteurs locaux proches des équipes en place.

Outre une montée en compétence digitale des équipes municipales, cette démarche implique une vision et un schéma directeur numérique partagés par tous les échelons du territoire.

Sur le plan pratique, elle passe notamment par la généralisation de jumeaux numériques à l’échelle des quartiers. Cette réplique numérique d’un objet, d’un processus ou d’un système, utilisée notamment pour simuler et optimiser le fonctionnement et la maintenance de certains actifs, prend dans ce cas la forme d’une reproduction en 3D.

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Une numérisation d’une telle ampleur tient compte du prochain avènement de la 5G, pourtant fortement remise en question par les écologistes, qui y voient un gouffre énergétique et par certains citoyens effrayés par de possibles impacts sur la santé. Pour Emmanuel François, « La 5G est incontournable pour de multiples cas d’usage et évolutions technologiques, et tout mois perdu coûtera cher à l’économie française. » Sans 5G, prévient-il, la mobilité autonome – sans même parer de voiture autonome, encore plus exigente - ne serait pas envisageable. Ni la division par trois ou quatre de la consommation énergétique des bâtiments. Il reconnaît des enjeux en termes de cybersécurité, ou même le risque d’une éruption solaire entraînant un champ magnétique susceptible de mettre à terre l’Internet mondial, mais s'interroge « Que met-on à la place ? a-t-on le choix face aux défis climatiques et sociétaux ? »