Biodiversité et climat, vers un mariage de raison


Un pangolin. Photo Darren Bradley


Entre l'urgence que représente la biodiversité et la diplomatie climatique qui patine, les motifs pour favoriser une approche plus intégrée des deux sujets ne manquent pas.

Les liens entre la diplomatie du climat et celle de la biodiversité étaient déjà en train de se resserrer. Avec la crise sanitaire du Covid19, l’urgence d’unir plus sérieusement ces deux enjeux se fait pressante. Le sommet du l’Union internationale de conservation de la nature, l’UICN, prévu à Marseille, a été reporté en 2021, ce qui devrait aussi être le cas de la COP15 sur la biodiversité qui était prévue en Chine. Mais ces deux rencontres attireront une attention toute particulière.


Une crise salutaire pour faire bouger la diplomatie du climat

« Je ne crois plus vraiment à une approche très spécifique. Je ne vois pas de solutions à la question du climat, ni à celle de la biodiversité, si on ne fait pas les choses de façon intégrée » a déclaré Laurence Tubiana, lors d’un atelier sur la biodiversité organisé l’IDDRI le 30 avril. Celle qui a porté l’accord de Paris continue bien sûr de le défendre, mais plaide pour une approche plus systémique désormais. « Les citoyens consultés dans le cadre de la convention citoyenne ont tous cette intuition : pour eux,  la crise sanitaire et la crise écologique sont liées. Ca fait longtemps que les scientifiques le disent. Cette crise est un choc très grave, violent, mais c’est aussi une crise salutaire, on ne peut l’ignorer » avance la présidente de la Fondation européenne pour le climat, avide de voir la diplomatie internationale bouger sur le sujet.

Un mouvement que l’on retrouve chez les scientifiques du GIEC, qui devaient organiser ce mois de mai une rencontre spéciale biodiversité avec l’organisme onusien en charge du sujet, l’IPBES. Ils prévoient désormais d’inclure le sujet de la biodiversité à leur prochain rapport global sur le climat, prévu en 2021 ou 2022.


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« La crise bouleverse la façon dont on avait prévu de fonctionner. C’est une opportunité : la COP25 s’est mal passée, les divergences entre nations sont profondes, et négocier chaque virgule ne fait pas avancer les choses. On pourrait sans doute transformer le processus multilatéral » estime de son côté Paul Watkinson, ex-président du SBSTA, structure de conseil scientifique de l’Onu climat (UNFCCC).


Criminaliser le trafic de biodiversité

Au niveau international, fusionner les négociations climat et biodiversité n’est pas si simple, notamment parce que certains pays risquent de plaider contre. A commencer par ceux où les animaux sauvages sont parfois élevés, braconnés ou consommés, notamment en Asie et en Afrique.

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui rassemble 180 pays, a le mérite d’exister, mais est rarement respectée. Au total, en Chine, le commerce d’animaux sauvage représente un chiffre d’affaires annuel de 70 milliards d’euros, selon les chercheurs de l’Iddri. Mais malgré les obstacles, cette crise peut être perçue comme une occasion de faire bouger les lignes. Ainsi, en Chine, un nouveau texte de loi adopté en mars dernier interdit désormais la vente d'animaux sauvages.

A l’UICN, où l’on défend depuis toujours des solutions climat fondées sur la nature, on compte beaucoup sur le sommet de janvier 2021, organisé à Marseille.

Deux motions proposées au vote de l’organisation, qui regroupe au total 1200 ONG de par le monde, pourraient avoir une résonance particulière. L’une vise à réhausser les infractions environnementales au rang de crimes graves, comparables au crime organisé, à la corruption ou au blanchiment. « Les pangolins vendus sur le marché du Wuhan en Chine pourraient être impliqués dans la transmission du virus à l’être humain, alors que leur commerce est prohibé par la convention Cites. Le besoin de renforcer les outils juridiques de protection de la biodiversité est très clair » assure Sébastien Mabile, président du comité droit et environnement de la branche française de l’UICN.


Distanciation entre l’homme et les animaux

Une autre motion vise à lutter plus sérieusement contre la déforestation, y compris la déforestation importée, qui détruit des forêts très riches en biodiversité. « Les zoonoses se multiplient en même temps que les contacts entre les humains et les animaux sauvages : il faut surtout établir une distanciation entre l’homme et les animaux sauvages » assure l’avocat spécialisé.

Un sujet qui est ne manquera pas aussi de réapparaître à l'agenda européen, où la Commission devait présenter ce printemps une nouvelle stratégie sur la biodiversité, qui a été retardée... pour cause de coronavirus.