• Dominique Pialot

Coronavirus et climat : quels rapports ?



De multiples liens entre le COVID-19 et le climat ont été établis, qu’il s’agisse de relation de causalité, de capacité à mobiliser l’attention et les moyens financiers, ou encore d’enseignements à tirer de la crise sanitaire actuelle pour remettre en cause notre modèle et le rendre plus résilient face à la crise climatique.


La premier lien clairement apparu entre le virus et le climat est la chute des émissions de gaz à effet de serre constatée par observation satellite, liée à la baisse des activités économiques, notamment en Chine, où certains vont même jusqu’à déclarer que « la baisse de la pollution va épargner plus de vies humaines que le virus en aura coûté »   selon l’estimation d’un climatologue, qui souligne aussi l’impact du ralentissement de l’activité  dans le Nord de l’Italie.

Les émissions de la Chine ont ainsi chuté d’au moins un quart entre le 3 février et le 1er mars comparé à 2019, du fait de la baisse de la production. Et selon la Nasa, les émissions de dioxyde d’azote (NO2) ont elles diminué de 10 % à 30 % par rapport à la même période en 2019, près de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, puis dans d’autres régions du pays. En France même, le gestionnaire de réseau de transport d'électricité RTE a observé lundi 16 mars une baisse de 10% par rapport à la consommation d'électricité traditionnellement observée en mars.


Baisse des émissions...et des investissements dans la transition

De ce point de vue, la pandémie constitue « un répit pour la planète ». Mais il est probable que les différents gouvernements créent les conditions pour faire repartir leurs économies de plus belle, et quelle que soit la durée du ralentissement, on s’attend à ce que les émissions connaissent ensuite un rebond. Ainsi, en 2008/09, « la crise financière avait été suivie d'un fort rebond des émissions à cause des mesures de relance des gouvernements », rappelle Glen Peters, climatologue au centre de recherche Cicero, sur Twitter.

A l’instar de l’Agence internationale de l’énergie, certains craignent même que la crise liée à la pandémie n’affecte à long terme la lutte contre le changement climatique, en provoquant un ralentissement des investissements structurellement nécessaires, tels que le développement des énergies renouvelables. L’effondrement des cours du baril de pétrole, qui pourrait perdurer dans le contexte de ralentissement économique mondial, n’est pas de meilleur augure. « Cela va certainement exercer une pression à la baisse sur l'appétit pour une transition énergétique plus propre », a ainsi expliqué sur Linkedin le directeur de l’Agence Fatih Birol. « Les observateurs remarqueront rapidement si l’accent mis par les gouvernements et les entreprises sur la transition s’éteint lorsque les conditions du marché deviennent plus difficiles », a-t-il prévenu.


Une crise qui en révèle d’autres…

De nombreuses fragilités de nos sociétés révélées par la pandémie ont par ailleurs été interprétées comme autant de signes que notre modèle actuel doit impérativement gagner en résilience. « Notre civilisation hypermondialisée, où tout le monde dépend de tout le monde, se révèle hyper-vulnérable parce que les problèmes des uns se répandent chez tous les autres, sans pouvoir être contenus »,  a ainsi résumé le chroniqueur Johannes Herrmann sur RCF Radio. « Aujourd’hui c’est le virus qui exploite cette faille. Demain ce sera autre chose ».

Autre réflexion recensée par “Nourritures terrestres” et développée par le chroniqueur Jean-Michel Bezat dans Le Monde, « l’épidémie démontre l’inquiétante dépendance des économies occidentales à la Chine. »

Pour beaucoup, cette pandémie est un test grandeur nature qui souligne plus que jamais la nécessité d’une meilleure résilience face aux effets du dérèglement climatique. Comme l’écrivait début mars Gael Giraud (CNRS), « nous savons depuis longtemps que les pandémies vont se multiplier par le réchauffement climatique. Les maladies tropicales "remontent" de l'équateur vers les pôles. »

Mais elle montre aussi qu’il est possible de prendre des mesures drastiques et renverser des « grands principes » en un temps record. Et de remettre en cause notre modèle de développement actuel.

« Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, a ainsi indiqué Emmanuel Macron lui-même le 12 mars dans son discours télévisé. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, à d’autres, est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle ; construire une France, une Europe souveraine. »


A quand la même mobilisation...sur le climat ?

Mais ce discours a également suscité de nombreux commentaires de la part d’observateurs regrettant que les Etats, à commencer par le nôtre, se montrent capables face au coronavirus de mobiliser d’importants moyens qu’ils n’ont encore jamais su trouver pour combattre et résoudre la crise climatique. Ils se sont pris à rêver du jour où ce discours, s’appliquerait au climat. « Je ne transigerai sur rien. Un principe nous guide pour définir nos actions depuis le début pour anticiper cette crise et la gérer, c’est la confiance dans la science…Le gouvernement mobilisera tous les moyens nécessaires…quoi qu’il en coûte…»

« On voit bien avec la mobilisation sur le coronavirus la capacité des gouvernements à agir dans l'urgence pour l'intérêt général : la communication est continue, des sommes importantes sont débloquées pour aider les entreprises », a aussi déclaré la climatologue Corinne Le Quere, présidente du Haut conseil pour le Climat, au Conseil économique, social et environnemental le 11 mars dernier. « On sait donc faire ». En revanche, face au réchauffement climatique qui menace des centaines de millions de vies, « personne n’est au niveau » dénonce-t-elle. « La France n'est pas le plus mauvais élève mais nous parlons d'une classe de cancres : personne n'est au niveau de la crise climatique ».

Plus mar, le journaliste du quotidien Le Monde Stéphane Foucart regrette dans une tribune

« Soyons lucides : ce n’est pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés “quoi qu’il en coûte” .»

Le magazine Usbek et Rica esquisse de son côté 5 pistes pour mobiliser sur le climat autant que sur le coronavirus : la mobilisation médiatique ; des investissements de même ampleur ;  une même “union sacrée” et un “effort de guerre” climatique, notion évoquée de Nicolas Hulot à Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies ; la démondialisation et enfin l’attention portée aux scientifiques plutôt qu’aux lobbys.


Selon le vieil adage, « A toute chose, malheur est bon », souhaitons que cette crise que nous traversons collectivement aujourd’hui nous donne des clés pour affronter la crise climatique qui se dessine .