• Dominique Pialot

Léonore Moncond’huy : « Poitiers va organiser une convention citoyenne »



©Sébastien Laval, ville de Poitiers


Parmi les nouveaux maires "verts" élus en juin dernier, de nombreuses femmes ont pris le pouvoir. A Poitiers, Léonore Moncond’huy, 30 ans, a mis fin à un règne de 43 ans du Parti Socialiste.


Vous avez été élue à l’issue d’un processus démocratique innovant. En quoi a consisté « Poitiers collectif » ?

Nous avons commencé, deux ans avant l’élection, à rassembler des personnes, encartées et non-encartées, qui se sentaient exclues du débat politique. Avec quelques principes simples : le projet avant les têtes, et les têtes avant LA tête. Le collectif était indépendant des partis, mais soutenu par six organisations politiques. Suite au lancement officiel en octobre 2018, des groupes de travail thématiques ont planché sur le diagnostic puis l’élaboration de propositions qui ont ensuite été débattues et amendées au cours de plénières ouvertes à tous, organisées tous les quinze jours à partir de septembre 2019. C’est dans un souci de grande transparence et avec l’aide d’une animation extérieure qu’a ensuite été élaborée une liste de 20 candidats potentiels. J’ai moi-même été désignée à l’issue d’un débat houleux de 5 heures. Et c’est une autre femme, Florence Jardin, qui dirige l’intercommunalité.


Pensez-vous qu’il y ait une pratique féminine du pouvoir ?

En tous cas, des profils comme les nôtres, des femmes jeunes, auraient eu du mal il y a encore peu à parvenir à la tête d’une ville comme Poitiers ou du Grand Poitiers. Ce qui est sûr, c’est que nous nous efforçons de sortir des codes politiques traditionnels, de nous éloigner de la violence des termes. Et, femmes ou hommes, nous souhaitons favoriser l’implication de tous en politique et notamment des jeunes, en proposant des gardes d’enfants.


Quels éléments du programme ont suscité le plus de débat ?

Le sort de l’aéroport, financé pour un tiers par la communauté urbaine, et la gratuité des bus. Déficitaire, l’aéroport est mauvais pour le climat et mauvais pour les finances publiques. Mais il y a encore beaucoup de débat autour de l’avion. Quant à la gratuité totale des bus, elle n’est pas envisageable dans la mesure où des investissements significatifs sont nécessaires pour combler les lacunes actuelles du réseau. Nous espérons néanmoins y parvenir d’ici la fin du mandat. D’ici là, nous la testerons sur certains publics et certains créneaux, comme nous l’avons déjà fait cet été pour les moins de 25 ans et la nuit.


Vous avez un programme commun avec l’intercommunalité. Quels en sont les principaux projets ?

Notre programme repose sur trois piliers : écologie, justice sociale et démocratie. Nous voulons proposer une alternative à la voiture individuelle, sur la base d’un diagnostic solide des déplacements domicile/travail ou domicile/campus, car il y a beaucoup d’étudiants à Poitiers. Il s’agit d’identifier le report modal le plus simple entre le bus, le vélo, le co-voiturage organisé, le train…

Nous avons aussi un projet de patrimoine municipal à énergie positive. En nous montrant exemplaires sur ces bâtiments, nous espérons créer un effet d’entraînement. S’efforcer à l’exemplarité, c’est un peu notre marque de fabrique. Nous allons accélérer sur la rénovation des logements sociaux et mieux faire connaître aux ménages les différentes aides dont ils peuvent bénéficier dans ce domaine. Nous avions envisagé de devenir un TEPOS (territoire à énergie positive), mais étant donné le retard actuel du territoire, cela aurait été une promesse impossible à tenir.

Nous allons continuer à lutter contre le changement climatique via des actions d’atténuation, mais aussi mettre en œuvre des actions d’adaptation afin de renforcer notre résilience. Les premiers effets vont se faire sentir au cours de notre mandat et il est de notre devoir de protéger la population. La végétalisation des écoles, c’est un exemple parfait qui réunit les enjeux en matière d’éducation et d’écologie. Nous avons le projet de planter 200.000 arbres, et un à chaque naissance. Nous allons augmenter le budget de la ville d’un quart, à 25 millions d’euros, pour pouvoir accélérer dans la transition écologique.


Vous avez également des ambitions en termes de gouvernance... 

Oui, plus que tout, nous voulons tenir bon sur notre logiciel démocratique. Nous avons un fort enjeu d'éducation populaire et de formation aux outils d'intelligence collective. La première adjointe est en charge de l'innovation démocratique, et nous allons créer un service de la participation citoyenne car cela demande des compétences, du temps et des moyens. Nous avons prévu d'organiser une assemblée citoyenne en septembre 2021, et mettrons en place un droit d'initiative et un référendum d'initiative locale.


Etes-vous empêchée d’agir sur certains sujets en raison de décisions au niveau de l’Etat contraires à vos projets ?

Oui bien sûr. Sur les politiques agricoles, par exemple. On voudrait relocaliser la production alimentaire, mais les mécanismes de soutien à la conversion bio sont décidés par l’Etat, et d’ailleurs les enveloppes sont épuisées. On a observé pendant le confinement l’appétence des Français pour les circuits courts, il faudrait saisir la balle au bond. Aujourd’hui on a un problème d’offre, pas de demande. Autre exemple : le zéro artificialisation nette a été annoncé par le président, mais les plans locaux d’urbanisme sont dans les mains des intercommunalités.