• Dominique Pialot

« Quantifier les émissions évitées grâce à nos produits n'est pas facile»


Philippe Tuzzolino, directeur de l'Environnement d'Orange, l’une des entreprises ayant contribué à l’élaboration du nouveau référentiel de comptabilité carbone publié par Carbone 4 et Net Zero Initiative, explique pourquoi il soutient l'initiative et comment il entend utiliser ce nouvel outil.

Climatico - Pourquoi soutenez-vous ce nouveau référentiel, qui bat en brèche l’idée de neutralité carbone à l’échelle d’une entreprise ?

Il y a une mode de la neutralité carbone parmi les entreprises, avec des objectifs et des échéances multiples, qui ne permettent pas d’identifier celles qui font de vrais efforts. Orange a 100 millions de clients de plus qu’en 2006 mais parvient à réduire ses émissions de 3 à 4% par an depuis plusieurs années.  C’est quand un secteur est en croissance et qu’il a les moyens d’innover, qu’il doit s’attaquer à la réduction de son empreinte environnementale. 

Orange est membre de l’agence des Nations unies ITU (Union internationale des télécom) et notre budget climat est compatible avec une hausse des températures limitée à 1,5°C selon la méthodologie Science Based Target. Pour y parvenir, nous travaillons sur l’efficacité énergétique de nos réseaux, de nos bâtiments ; pour nos data-centers nous regroupons plusieurs sites de taille moyenne en unités plus importantes, fonctionnant avec moins de climatisation et plus de ventilation; nous opérons la première flotte européenne de véhicules hybrides et électriques en auto-partage et souhaitons la multiplier par dix... En revanche nous ne pratiquons pas la compensation. 

Comment allez-vous vous conformer à la triple-comptabilité de ce nouveau référentiel ?

Pour le premier pilier, qui pilote la baisse de nos propres émissions, les choses sont standardisées et nous sommes sur la trajectoire prévue, qui correspond à une baisse de 90% en 2050 (par rapport à 2015), 30% en 2025 ;50 % en 2030 ; 80 % en 2040.

Pour le deuxième pilier en revanche, c’est simple de faire une analyse de cycle de vie quand on vend une salle de visioconférence à Total, mais rien n’est normalisé. Il reste donc difficile de quantifier globalement la baisse des émissions chez nos clients grâce à nos produits et services. Sans compter que certaines solutions comme la smart city, qui devrait permettre au numérique de générer d’importantes réductions d’émissions, ne sont pas encore à maturité. 

Concernant le troisième pilier, c’est-à-dire le financement de puits de carbone, nous commençons à constituer notre portefeuille de projets, qui a vocation à représenter un volume d’émissions équivalent à nos émissions résiduelles. 

En quoi votre démarche diffère-t-elle de la compensation ?

Certaines entreprises qui s’affichent « neutres en carbone » grâce à la compensation ont des émissions qui continuent de croître et financent des projets qui n’ont rien à voir avec leur activité. Chez Orange, nous estimons que nos émissions résiduelles (Scope 1 et 2) seront de 300.000 tonnes de CO2 en 2040, alors qu’elles sont aujourd’hui  de 1,4 million. Nous ne financerons que de la séquestration, pas des projets qui relèvent plus de l’adaptation, comme le développement d’énergies renouvelables. Nous n’affichons pas d’objectif de « neutralité carbone », ce qui serait pourtant beaucoup plus simple en termes de communication. Mais nous parlons de « net zéro », car pour réussir la transition, il est primordial d’entraîner et de motiver tous les salariés de l’entreprise.