• Dominique Pialot

The Shift Projet envisage le futur sans carbone ni croissance




Le think- tank The Shift Project planche sur un plan de transformation de l’économie française. Objectif : ouvrir d’ici l’été un débat sur une relance aboutissant à un modèle compatible avec l’accord de Paris.


Devant un problème qui n’est « pas d’abord idéologique ou moral, mais pratique, systémique, physique, matériel », les experts du Shift Project veulent se pencher non seulement sur le diagnostic, les objectifs mais aussi sur la méthode.

Ses dirigeants rappellent qu’inventer un nouveau modèle est tout simplement indispensable. Entre autres, parce que le pétrole, sur lequel s’est largement bâtie l’économie du XXème siècle, viendra à manquer en sortie de crise, qu’on le veuille ou non, notamment en raison d’investissements en berne sous l’effet de l’effondrement des prix.


Plus d’emplois et de Joules, moins de tuyaux de financements

Le retour à l’avant étant impossible, les experts du Shift se sont attaqués à l’élaboration d’un « plan de transformation de l’économie », un « crash program » dans lequel il sera plus question d’emplois, de Joules, de tonnes et de flux physiques, que de montants d’investissements et de « tuyaux de financement ». L’idée étant de se demander ce que l’on veut faire, avant de se demander « Combien ça coûte ? »

« L’argent n’est pas vraiment un problème », se plaît à répéter Jean-Marc Jancovici. Ce qui n’empêche pas le projet de faire l’objet d’une campagne de crowdfunding visant une collecte de 100.000 euros, ayant notamment vocation à renforcer la mobilisation des centaines de « Shifters », des bénévoles qui, pour la bonne cause, mettent gracieusement leurs travaux à disposition du think tank.

Le Shift a déjà publié une cinquantaine de pages esquissant un programme qui passe en revue une quinzaine de secteurs aval (mobilité, fret, logement) et amont (industrie lourde, automobile, agriculture…) ainsi que des sujets plus transverses (effets rebond, épargne et finance, urbanisme...).


Les pontiers, les architectes et les croissancistes verts

Pour construire ce pont vers une économie plus sobre et résiliente, deux équipes d’experts distinctes ont été réunies. La première, celle des « pontiers », est chargée de « proposer où et comment commencer le pont », notamment en proposant des contreparties « décarbonées » aux aides de l’État. La seconde, celle des « architectes » devra dessiner la forme et la structure du pont. Autrement dit, décrire les possibilités de transformation concrète de chaque secteur, de chaque organe vital de la société, en termes d’emploi et de besoins de formation, d’organisation et de flux physiques.

L’urgence écologique fait désormais consensus, les experts du Shift en sont convaincus. Pour autant, « aucun économiste n’a encore travaillé sur la façon dont pourrait s’organiser un monde sans croissance », relève Jean-Marc Jancovici, rappelant que « beaucoup d’écolos bon teint sont des croissancistes verts ».


Alimenter le plan de relance attendu pour la rentrée

Mais, si « la transformation que nous envisageons réclamera dans bien des cas de simplifier ou de ralentir, souvent aussi, elle aura besoin de davantage de têtes et de bras », tient-il à rappeler. Surtout, « un système économique plus sobre n’a pas à être un système demandant aux pauvres de se serrer plus encore la ceinture », insiste-t-il . Au contraire, il peut donner de l’air aux budgets les plus modestes, en organisant des économies d’énergie et de matière. Et il peut ouvrir d’importantes possibilités nouvelles de travail. »

Les premiers résultats et propositions concrètes sont attendus d’ici au début de l'été, afin de pouvoir alimenter les pouvoirs publics sur le contenu du plan de relance annoncé par Bruno Le Maire pour la rentrée.

Le périmètre en sera le territoire national, en l’absence de stratégie européenne sur le sujet. « Le meilleur pari que l’on puisse faire, c’est d’inspirer d’autres Etats », conclut Jean-Marc Jancovici.